Monsieur le premier ministre, Messieurs les anciens premiers ministres, Monsieur le juge en chef, honorable Lincoln M. Alexander, ancien lieutenant-gouverneur, membres de l’Assemblée législative, chef régional de l’Ontario et grands chefs de nos Premières nations, révérend pasteur Martin, distingués invités, membres du Conseil consultatif des normes d'accessibilité, Mesdames et Messieurs, chers amis, Au nom de mon épouse, Ruth Ann, de mes fils Jonathan, Robert et Michael, et, par alliance, des membres des familles Wallace, Smithson, Mason, Wiseman, Guest et Howson, je vous remercie de partager cette merveilleuse journée avec nous.
C’est un grand honneur pour moi que de m’adresser à vous aujourd’hui en tant que représentant, en Ontario, de Sa Majesté la reine Elizabeth II.
Ma famille du côté paternel est arrivée au Canada dans les années 1840, en provenance des îles Britanniques, tandis que la famille de ma grand mère maternelle s’est établie dans la région de Niagara parmi les Loyalistes de l'Empire-Uni. Mon grand-père maternel est né à Londres et est venu s’installer à Toronto en 1912 avec son frère, ses trois soeurs et sa mère.
Ainsi, j’ai grandi dans un milieu où l’on avait beaucoup de respect et d’affection pour la reine du Canada, notre chef d’État. Devenu adulte, j’ai eu l’occasion au cours des 22 dernières années, dans le cadre de mon travail de journaliste et de mes activités bénévoles, de participer à de nombreux événements auxquels assistaient les lieutenants-gouverneurs qui se sont succédé durant cette période. J’ai donc été à même de me rendre compte des importantes attributions de cette fonction sur les plans constitutionnel, communautaire, protocolaire et autres.
Au cours des sept semaines qui se sont écoulées depuis que le premier ministre du Canada a annoncé sa décision de me désigner comme 28e lieutenant-gouverneur de l’Ontario, j’ai pris davantage conscience non seulement de l’importance de ce poste et des complexités protocolaires qui l’accompagnent, mais aussi de l’immense respect que lui vouent la plupart des Ontariens et Ontariennes.
Pour paraphraser Winston Churchill, le système parlementaire du Canada ~ une monarchie constitutionnelle dans laquelle tous les actes posés par le gouvernement le sont au nom de la Couronne, mais en vertu d’un pouvoir délégué par le peuple canadien ~ n’est peut-être pas la meilleure forme de gouvernement qui soit, mais il est décidément meilleur que tous les autres. Il suffit de jeter un coup d’oeil sur ce qui se passe dans le monde pour s’en assurer.
Tandis que je me préparais à la cérémonie d’aujourd’hui, j’ai été grandement inspiré par l’exemple de mes prédécesseurs immédiats et frappé par leurs réalisations. Chacun d’eux a su tenir compte des besoins de son temps : pour John Black Aird, ce furent les droits des personnes handicapées, pour Lincoln Alexander, l’harmonie raciale, pour Hal Jackman, le service public, pour Hilary Weston, le bénévolat.
Chacun a donné un sens nouveau à la fonction de lieutenant-gouverneur et en a réaffirmé la pertinence en s’acquittant de ses obligations avec dignité, conviction et détermination. Chacun a reconnu, comme moi, que se voir confier la responsabilité d’une fonction instituée en 1792 avec la nomination de notre premier lieutenant-gouverneur, John Graves Simcoe, constitue un privilège unique.
Chacun, dans son discours d’installation, a remercié son prédécesseur pour sa contribution à cette importante fonction. C’est avec enthousiasme que je fais de même, car j’ai la bonne fortune de succéder à l’honorable James Bartleman.
Je désire remercier publiquement M. Bartleman et son épouse, Marie Jeanne, pour l’immense générosité qu’ils nous ont témoignée, à Ruth Ann et à moi. Grâce à leur aide et à leurs sages conseils, le processus de transition s’est avéré une aventure fascinante.
Durant son mandat, M. Bartleman a fait avancer de nombreuses causes, dont celle de la littératie chez les jeunes Autochtones, un programme visant à améliorer les conditions tiers-mondistes dans lesquelles vivent les communautés autochtones dans notre Grand Nord, où les livres sont rares, les conditions socio-économiques, peu reluisantes, et le désespoir, omniprésent.
Une initiative en quatre volets a été mise en oeuvre en matière de littératie chez les Autochtones : On a recueilli 2,3 millions de livres dans le but d’établir des bibliothèques dans les localités des Premières nations du Nord de la province, et près de 150 écoles autochtones ont été reliées à des écoles non autochtones en Ontario et au Nunavut dans le cadre de l'initiative de jumelage des écoles. Trente six camps d’été visant la promotion de la lecture chez les Autochtones ont été créés dans 28 collectivités des Premières nations accessibles seulement par avion. Enfin, le Club Amick a été lancé l’an dernier en vue de fournir à 5 000 enfants autochtones du Nord de l’Ontario un livre et un bulletin d’information quatre fois l’an.
Grâce à cette initiative, un nombre considérable d’enfants ont vu leur horizon s’élargir, leur esprit s’éveiller et l’espoir renaître. Un travail gigantesque avait commencé.
Très souvent, les projets d’un lieutenant-gouverneur sortant doivent céder la place à ceux du nouveau titulaire du poste; cependant, aujourd’hui, je vais rompre avec cette tradition.
Ancien journaliste et auteur dans le domaine de l’éducation, je comprends profondément l’importance d’inculquer aux enfants l’amour de la lecture. Les livres transforment une vie. Ils permettent aux enfants de surmonter de grandes difficultés. Ils leur donnent de l’espoir.
J’ai donc le plaisir d’annoncer que je ferai équipe avec Son Honneur, qui m’accorde son appui total, pour poursuivre et développer cette oeuvre importante. Aux chefs de nos Premières nations qui sont ici présents, je réitère cet engagement : l’initiative favorisant la littératie chez les Autochtones va se prolonger et prendre une importance croissante.
Elle va prendre de l’ampleur, car les livres ne suffisent pas.
Nous avons l’intention, avec la collaboration de nouveaux participants, d’ajouter un volet au programme, soit une initiative de littératie informatique à l’intention des jeunes Autochtones. Nous voulons en effet qu’il y ait un ordinateur sur chaque pupitre d’écolier dans toutes les collectivités des Premières nations du Nord de l’Ontario.
J’ai l’espoir que, d’ici cinq ans, tous les garçons et toutes les filles autochtones qui termineront leurs études secondaires bénéficieront de nouvelles options. Versés dans l’utilisation d’un ordinateur, ils pourront soit décider d’aller oeuvrer ailleurs dans le monde, soit rester dans leur collectivité et contribuer à sa vitalité tout en étant reliés à la grande communauté ontarienne, c’est à dire « branchés » sur le reste de la province. Lorsque j’ai demandé à M. Bartleman à quel titre il voulait participer à cet effort, il a répondu qu’il se voyait simplement comme un des « ouvriers du vignoble » et qu’il aimerait qu’on le considère comme un « bénévole ». Bien sûr, il faudra de nombreux bénévoles pour poursuivre ce programme mais, pour nous tous, il sera le Bénévole en chef.
Si nous mettons cette initiative de l’avant, c’est simplement parce que nous estimons que c’est ce qu’il convient de faire. Nous le faisons dans le but de donner à ces jeunes, en tant que citoyens, les mêmes possibilités qu’à tous les autres enfants de l’Ontario. Et nous le faisons en vue d’accroître leur accessibilité à la société dans son ensemble et, ainsi, de leur permettre de réaliser tout leur potentiel.
L’initiative de promotion de la littératie chez les jeunes Autochtones me tient à coeur parce que, fondamentalement, c’est un programme d’accessibilité, si l’on définit l’accessibilité comme ce qui permet aux enfants de se réaliser pleinement, rien de plus mais rien de moins.
Comme je suis le premier lieutenant-gouverneur de l’Ontario qui ait un handicap physique, c’est une définition qui a une importance cruciale à mes yeux car elle constituera le thème central de mon mandat.
L’accessibilité est ce qui nous permet de réaliser tout notre potentiel. C’est l’inclusion. L’accessibilité est un droit de la personne et c’est une aspiration légitime.
Je rêve d’une province où les droits des personnes handicapées auront progressé, pas seulement dans le cas des handicaps physiques correspondant à la définition classique, mais aussi dans le cas des handicaps dits invisibles. Beaucoup trop de personnes souffrent de troubles mentaux, ont une santé précaire et vivent dans la pauvreté, des personnes dont l’état psychique est si atteint que le monde en général leur est tout aussi inaccessible qu’il ne l’est aux personnes ayant un handicap physique. Tandis que nous nous efforçons d’améliorer l’aspect physique de l’accessibilité, nous ne devons pas présumer qu’un handicap consiste uniquement en ce qui est illustré par un fauteuil roulant sur une enseigne bleue.
Mon engagement à l’égard de l’accessibilité englobe tous les handicaps, pas seulement ceux qui sont visibles.
En cela, je sais que j’ai l’appui impartial de l’Assemblée. Il y aura sans doute des changements dans la composition de l’Assemblée législative après les élections provinciales prochaines. Quels que soient ces changements, chaque membre de la 38e législature de l’Ontario aura sa place dans les annales de l’histoire pour avoir fait en sorte que la Loi sur l’accessibilité pour les personnes handicapées de l’Ontario soit adoptée à l’unanimité et cela, sans égard à l’allégeance politique des législateurs. En mon nom personnel, je désire exprimer ma gratitude à tous les membres de l’Assemblée pour l’adoption de cette loi qui fera date dans l’histoire.
La Loi sur l’accessibilité pour les personnes handicapées de l’Ontario assurera l’accessibilité, dans toute la province, non seulement aux personnes qui ont un handicap physique, mais aussi à celles qui ont une déficience intellectuelle, mentale, sensorielle ou auditive ou des troubles d’apprentissage.
J’applaudis également au travail extraordinaire accompli par les membres du Conseil consultatif des normes d'accessibilité, qui sont ici aujourd’hui. J’ai eu le privilège de présider le Conseil. Permettez-moi maintenant, à titre de représentant de la Reine en Ontario, de vous offrir mon appui personnel dans la poursuite de votre oeuvre.
Enfant, j’étais fasciné par les étoiles. Et j’avais de grands rêves. Comme j’ai souffert de la polio à l’âge de trois ans, j’ai eu besoin de plus d’aide que la plupart d’entre nous pour réaliser ces rêves. Or, j’ai eu la chance de la recevoir dans « une bonne mesure, tassée, secouée, débordante », selon les paroles de saint Luc. J’ai reçu l’aide dont j’avais besoin sur les plans matériel et affectif, qu’il s’agisse de l’expertise de mes médecins et de mes physiothérapeutes, du soutien inconditionnel de mes parents, de mes frères et de mes soeurs, et de l’appui de mes professeurs, de mes employeurs et de mes collègues qui m’ont incité à me concentrer sur mes capacités plutôt que sur mon handicap.
Certains des appuis qui m’ont été accordés n’ont pas été très apparents à l’époque. Par exemple, très jeune, j’avais adressé une lettre à Johnny Bower, un héros légendaire du hockey. Il n’était pas en mesure de faire quoi que ce soit pour répondre à mes besoins d’ordre physique ou médical, mais la photo autographiée qu’il m’a envoyée et la lettre d’encouragement qui l’accompagnait m’ont aidé d’une façon que ni les médecins ni les physiothérapeutes n’auraient pu égaler. À mes yeux, il était devenu un modèle.
Puis, il y a près de 23 ans, Moses Znaimer m’a engagé comme spécialiste de la météorologie à Citytv. Ce n’est qu’après m’avoir embauché qu’il m’a interrogé sur mon handicap. Bien sûr, son geste a été important pour ma carrière. Mais avant tout, il transmettait un message à tous les téléspectateurs : mes imperfections physiques n’avaient pas d’importance; ce qui comptait, c’était ma capacité d’accomplir le travail.
Comme j’ai été l’une des premières personnes ayant un handicap visible et paraissant à la télévision, j’ai été cité en exemple pour les personnes handicapées. Mais, selon moi, Moses Znaimer est aussi un modèle à émuler. Ce qu’il a fait pour moi est un magnifique exemple pour les employeurs qui ne se rendent peut-être pas compte qu’ils ont le pouvoir de réduire le niveau de chômage alarmant chez les personnes handicapées. Je m’engage à mettre à profit les privilèges que me confèrent mes nouvelles fonctions pour veiller à ce que le plus grand nombre possible de personnes prennent conscience de cet état de chose et s’affairent à y remédier.
De nombreuses autres personnes ici présentes sont des modèles à émuler, certaines bien connues, d’autres non, certaines handicapées, d’autres non.
Ce qu’elles ont en commun, c’est le fait que quelqu’un les a aidées, ce qui leur a permis de réaliser leur potentiel et de continuer à exceller ici en Ontario. Je pourrais en nommer un grand nombre, mais permettez-moi de ne mentionner que quelques noms.
Je regarde autour de moi et je vois un joueur de football originaire de la Floride, Pinball Clemons, vedette de la LCF, puis entraîneur, qui dirige maintenant sa propre fondation de bienfaisance. J’aperçois Tamara Gordon, qui s’est fracturé la colonne vertébrale en faisant du ski et qui se déplacera en fauteuil roulant pour aller à la faculté de droit; en outre, son travail bénévole lui a valu un prix du lieutenant-gouverneur.
Je vois David Lepofsky, dont la canne blanche est devenue le symbole de son engagement à défendre légalement la cause des personnes handicapées. Il y a aussi Brian Brumwell, qui continue à se rétablir d’un terrible accident de la route grâce à ses efforts quotidiens et qui met ses services de conseiller au profit des autres.
Et il y a encore Ruksana Syed, de la société IBM, qui a échappé à l’oppression et qui dirige maintenant le bureau de la diversité et de l’inclusion de la société.
Peu d’entre nous deviennent ce que l’on appelle des « gens célèbres », mais comme les personnes précitées le démontrent, nous pouvons tous être des modèles à émuler.
Car en réalité, nous sommes TOUS des modèles aux yeux de la personne à laquelle nous venons en aide.
Je vous demande donc de faire ce que vous pouvez pour favoriser l’accessibilité, simplement en tendant une main bienfaisante. Autrement dit, on peut être inclusif dans son coeur, ce qu’aucune assemblée parlementaire ne peut imposer par des lois.
Il y a trente ans, lorsque j’ai commencé à écrire SHUTTLE, un roman de science fiction qui allait déterminer la voie que j’ai suivie dans la vie, je n’aurais pu imaginer que des Canadiens puissent être astronautes, ou que je puisse devenir lieutenant-gouverneur.
Et pourtant, nous sommes là aujourd’hui, preuve que tout est possible, si nous faisons des efforts et si nous avons de l’aide.
La plus grande partie de ma carrière s’est déroulée, bien sûr, à la télévision. Ainsi, beaucoup d’entre vous se souviennent peut être de m’avoir vu couvrir un événement ou des faits divers, d’abord pour CTV, puis, pendant une plus longue période, pour Citytv et CP24.
Mais il y a une autre image de moi que j’aimerais que vous gardiez en mémoire. Il y a tout juste quelques minutes, après avoir prêté mon serment d’entrée en fonction, j’ai dû m’appuyer au bras de mon premier aide de camp pour franchir les dernières marches. Si les plus longs voyages commencent par un premier pas, les derniers pas vers l’accessibilité permettant à un individu de se réaliser peuvent dépendre simplement d’une main que l’on tend, d’un bras fort que l’on offre et d’un esprit ouvert. Je vous demande aujourd’hui d’être cette personne à la main tendue, d’être ce modèle à émuler.
« Un espoir différé rend le coeur malade, mais un désir accompli est un arbre de vie », disent les Proverbes.
Qu’il s’agisse du garçon de Muskoka qui est devenu diplomate, puis lieutenant-gouverneur, ou du garçon de Scarborough qui lui succède, ou de nombreuses autres personnes dont les rêves se sont réalisés et d’autres restent à réaliser, ce que nous avons tous en commun, c’est l’Ontario.
Car c’est dans cette province que nous pouvons réaliser nos rêves, comme l’ont fait des générations d’immigrants qui ont fui leur pays pour échapper à l’oppression.
Comme l’a dit George Bernard Shaw, « On voit des choses et on se demande pourquoi elles existent. Moi je rêve de choses qui n’ont jamais existé et je me dis pourquoi pas? »
Il est temps de rêver nos rêves et de nous dire « pourquoi pas? »
Dieu bénisse l’Ontario!
Dieu bénisse la Reine!
Merci. Thank you. Miigwech